Philippe Risoli – Cuitas les bananas

cd cuitas les bananas philippe risoli

Dans les années 80 et 90, Philippe Risoli fait les belles heures du jeu télévisé sur TF1. Animateur de Jeopardy, coanimateur d’Intervilles, il est l’étoile montante de la première chaîne jusqu’à son couronnement de 1991 à 1999 avec le Millionnaire.

L’émission rassemble sur un plateau de télévision les gagnants du jeu à gratter le Millionnaire qui doivent venir tourner la roue devant Philippe Risoli. Chaque candidat y va de son petit cadeau ou de sa chanson locale pour s’attirer la sympathie d’un Philippe Risoli concentré et bienveillant. En fin d’émission, l’animateur appose sa patte personnelle en envoyant son micro en l’air et en le rattrapant.

jeu télé le millionnaire avec philippe risoli

En 1999, tout s’arrête et Philippe Risoli disparaît purement et simplement de la circulation.

2001 : deux ans se sont écoulés depuis l’arrêt du Millionnaire. De retour sur le devant de la scène en tant que chanteur, Philippe Risoli signe un titre désenchanté qui en dit long sur sa traversée du désert. Dans cette chanson, l’homme se met à nu et se livre sans retenue, quitte à verser parfois dans l’indécence. Au moins ose-t-il dire tout haut ce que les gens pensent tout bas.

« Y’a des jours, tu sais pas pourquoi, ça devrait marcher, ça marche pas ».

Cette introduction est une référence non dissimulée au désamour dont il fait les frais depuis plus de deux ans. Et on ne peut que s’interroger en même temps que lui : pourquoi ça marche pas alors que ça devrait ? Est-ce la conjoncture économique ou l’évolution d’une société qui avec l’arrivée d’Internet court plus qu’elle n’avance ?

Un constat en tous les cas qui amène l’auteur à cet aveu « T’as les boules, pas la frite ». Mais ce n’est qu’au moment du refrain que l’on prend vraiment la dimension du désastre qui se joue : « Elles sont cuitas les bananas, découpées en dos les patatos ».

Traduction : les bananes sont cuites. Et ce n’est certes pas un hasard si ce sont les bananes et non les carottes qui sont cuites. Une courte exégèse permet d’en percer tout le sens.

Symboliquement, la banane représente le sourire, la joie de vivre, la gaité. En concédant que les bananes sont cuites et en utilisant un champ lexical (patatos, frite) afférent à un produit bon marché – et qui plus est coupé en dos à savoir la pomme de terre – Philippe Risoli nous dit que sourire et opulence sont liés et dénonce par la-même la dictature du bonheur.

Car de la même façon que faute de grives on mange des merles, on sait aujourd’hui de source sûre que faute d’avoir la bananas, (sourire) on mange des patatos (produit bas de gamme).

En d’autres termes, la banane ou la mort. Un message courageux pour une chanson souvent mal comprise qui n’est pas sans rappeler la littérature d’anticipation.

Petite piqûre de rappel, qui ne mange pas de pain (ni même des bananes) – Attention, chef d’oeuvre :



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