Lunettes noires pour nuits blanches
Posté par Marion le 11/09/2015 dans Emissions TV • 10 101 vues • Aucun commentaire
Salut bandes de nazes !
Biberonnée aux talk-show édulcorés, fades et lisses, je décidai de remonter le temps grâce à la chaîne Youtube Ina.fr. Par hasard, je suis tombée sur Lunettes noires pour nuits blanches, l’étrange émission présentée par un jeune Thierry Ardisson mi-animateur/mi-night clubbeur et produite par Catherine Barma. Diffusée sur Antenne 2 entre 1988 et 1990 en seconde partie de soirée, l’originalité de l’émission résidait dans sa location, ses invités et l’impertinence des questions, bref…La marque Ardisson.
Tourné au Palace puis dans la discothèque Le Shéhérazade, on découvre le « salle gosse de la pub » Thierry Ardisson, clope au bec, bouteille à la main et sourire de requin dans un tête-à-tête avec les personnalités « branchées » de l’époque – « chanteur, painter, acteur, writer(z), nightclubber(z) »- qui se prêtent volontiers au jeu. Michel Onfray, BHL, Renaud, Gainsbourg/Gainsbarre, Lio, Françoise Hardy, Anémone, Arielle Dombasle, Valérie Kaprisky, Béatrice Dalle, Les Rita Mitsouko, Nikola Sirkis, Jean-Luc Lahaye ainsi que les stars internationales Mickey Rourke ou Rosanna Arquette, tous arborent ces fameuses lunettes noires, figurant sur le générique façon Andy Warhol (dont Ardisson est un grand fan). Incapable de dire si le fameux concept de les interviewer dans une boîte parisienne les humanise ou au contraire, les marginalise davantage. Quant au public, il est dispersé un peu partout dans la salle, applaudissant les envolées lyriques et les pensées philosophiques haut de gamme des invités (une fois sorti de leur torpeur).

Sex, drogue, new wave et grosse déprime sont au programme. Ardisson nous invite à veiller tard dans un milieu underground où la conversation s’élève au dessus de la cacophonie. Les invités à la mine triste ou renfrognée nous crachent leur fumée de cigarette et leurs états d’âmes à la figure. Le langage cru, fleuri et le tutoiement sont de mise. Autre temps, autres moeurs, autres obsessions. Les mots « blés », « flouze », « gonzesse », « fumer », « pute », « carrière », « réussite », « Hitler »(?) reviennent assez souvent dans les conversations à base de rires grinçants, de règlement de compte ou de vision pessimiste de la vie. Par moment on croirait débarquer à l’amical des cocaïnomanes. L’espace confiné, sensoriel et asphyxiant du Palace nous brouille les yeux en plus de nous engourdir le cerveau.

Comme Ardisson ne fait jamais rien à moitié, il choisit de révolutionner le jeu « action/vérité » avec des questions-test sensées révéler les personnalités. Annoncés par un arrêt sur image/jingle révélateur, titre qui clignote, l’invité est pris au piège entre le Blind Test over-méga-difficile réservé aux puristes (« Sea Song » de Robert Wyatt produit par Nick Mason des Pink Floyd alors qu’il était chez lui dans sa cave, paralytique en train de trafiquer les sons. »), l’interview « Toute première fois » (ton premier boulot, ta première copine…), et la série des « Questions cons » façon blague Carambar salace (« Tu préfères partir avec une jolie fille ou un mec laid ? »…).

L’Auto-Interview nous offre une séquence surréaliste marquée par la dualité. Voir Gainsbourg, Mickey Rourke, Rosanna Arquette ou Renaud dédoublés, s’exposant à un étrange entretien personnel, sincère et sans tabou nous rappellant à quel point la télévision actuelle manque d’idées et de fantaisie.
Et vous, avez-vous partagé la table d’Alain Bashung et de Mickey Rourke par procuration ?
Le Saviez-vous ?
Les Inconnus ont parodié l’émission dans un sketch sobrement intitulé « Lunettes Noires » avec un sens du mimétisme assez troublant. Bourdon campe Ardisson, adoptant le jargon publicitaire de ce dernier, avec une pointe d’arrogance dans le ton et le regard. Legitimus se la joue musico-underground-banchouille-écolo tandis que Campan parade en Françoise Sagan complètement à la ramasse.
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A propos de l'auteur :
Etudiante en lettres et en communication, on peut trouver Madonna, Natalie Imbruglia et Les Corrs qui se crêpent le chignon dans mon I-Pod. Le matin je m'habillais devant "Oui-Oui"; le soir j'enfilais mon pyjama devant "Bonne nuit les petits". Disney, "Le bus magique" et "Les malheurs de Sophie" ont fait mon éducation, "Tom-Tom et Nana" l'ont défait. Pour moi, Antoine de Caunes sera toujours "Coco", marionnette phare des Minikeums, et membre des Bogoss five !
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