L’interview exclusive de Jérémy Wulc (La philo selon Philippe)

Jérémy n’a pas changé ! Une seule chose diffère : ses cheveux, l’ex cancre a tout rasé. Mais il conserve ses tâches de rousseur et son air de préparer un mauvais coup. Je me méfie dans un premier temps. Et s’il sciait les pieds de ma chaise ou volait mon journal intime dans mon sac à main ? Je le surveille. Il veut prendre un verre et commande un Monaco. Je le suis, toujours avec méfiance. Certaines choses me restent en travers de la gorge et je veux savoir avant d’engager vraiment la conversation s’il se repent.
Questionnaire Philo selon Philippe :

Jérémy, en 1994, tu étais en terminale Littéraire dans le cours de Philippe Daubigné. A l’époque, on ne savait pas trop si Roussel exerçait une mauvaise influence sur Zikovski ou si c’était l’inverse. Peux-tu nous répondre ?
Je peux dire clairement que Zikovski exerçait une mauvaise influence sur moi. Ce n’était pas l’inverse. Dans notre terminale tout le monde ou presque était en couple. Nous savions que nous n’avions plus aucun espoir d’un point de vue sentimental. Alors nous nous amusions car tout était foutu pour nous (niveau couple).
Quelles valeurs Philippe Daubigné t’a-t-il transmises ?
Aucune.
Etais-tu en conflit avec des élèves/professeurs de ta terminale L ?
J’étais en conflit avec les profs oui !
Trouves tu normal de déranger un professeur à son domicile à plus de 21h pour lui parler de tes problèmes d’adolescent ?
Oui, s’il s’agit d’un professeur comme Philippe. Mais certainement pas s’il s’agit de Caldero (Jérémy fait une drôle de grimace on comprend très vite que ses rapports avec Caldero sont difficiles).
Rétrospectivement, regrettes-tu d’avoir scié les pieds de la chaise de Philippe ?
Non, car on a fait de très bonnes audiences à ce moment là.
Regrettes-tu d’avoir contribué au vol du journal intime de Florence et comment réagirais-tu si on te volait ton propre journal intime ?
C’est un de mes meilleurs souvenirs car Benjami (Zikovski) s’est blessé au doigt ce jour-là. Il a voulu continuer coûte que coûte le tournage malgré sa blessure. Il a refusé tout net qu’on le conduise à l’hôpital. Cela m’a prouvé qu’il n’était pas une chochotte (et Dieu sait qu’il y en avait chez AB) NDLR : Jérémy n’en dira pas plus.
Mais personnellement, je n’aurais pas toléré qu’on vole mon journal intime. J’aurais été vraiment très mécontent.
Les boules puantes, les pétards, c’est fini tout ça ?
Oui.
Cette année, en 2014 donc, le sujet de bac philo pour les sections littéraires était « Doit-on tout faire pour être heureux ? ». Alors ?
Oui !
Tu avais des échanges avec les autres comédiens d’AB ou vous restiez entre vous, entre séries ?
On avait des échanges car Jean Luc (Azoulay) avait mis en place une cantine AB où nous déjeunions tous ensemble. Et là on se mélangeait, moi j’étais très copain avec Fabien (Jérôme de Premiers Baisers). Il avait entendu dire qu’il y avait un gros fan des Cure sur le plateau de la Philo Selon Philippe. Un jour il est venu et il m’a dit « C’est toi le fan des Cure ? » et j’ai dit oui ! Mais il y en a beaucoup d’autres que j’apprécie ! Patrick (Nicolas d’Hélène et les garçons) est aussi un super mec. Mais pour te répondre, oui, il y avait des échanges, ne serait-ce que pour les Minitels du cœur ou le clip de Bonheur City .
Oh mais tu y étais ???
Oui !!!
Qui t’a repéré toi ?
Moi c’est Ariane (du Club Dorothée). Ariane elle faisait plein de trucs c’était aussi la directrice artistique de l’Ecole des Passions. Et puis récemment elle m’a appelé pour me proposer un rôle de flic dans les Mystères de l’amour.
Mais tu as joué dans les Mystères ?!
Oui !! Un flic et d’ailleurs il est possible que je revienne, toujours dans ce même rôle. J’ai tourné avec la copine fliquette de Nico dans la série. Et j’étais même sur les lieux de l’accident de José. Mais en tout cas c’était un vrai plaisir de jouer, moi je ne renie absolument pas AB, ça m’a permis de faire tout ce que je fais aujourd’hui, ça m’a fait vivre pendant des années souvent on m’a dit « supprime ça de ton CV ça va te mettre des bâtons dans les roues », mais il n’est pas question que je le supprime ! J’assume complètement.
Vous aviez un droit de regard sur les vêtements que vous portiez ?
Ah ça non. On nous disait toi tu mets ça. Moi ça allait j’avais souvent un sweat, mais Flo et Sophie étaient vraiment mal fringuées je trouve. Et puis pour Benjamin c’était salopette et casquette à l’envers obligatoires. Jean Luc avait un œil sur tout. Un jour Benjamin avait retiré sa casquette car il n’en pouvait plus. Jean Luc est passé sur le plateau et il a dit directement « pourquoi il n’a pas sa casquette celui là ? ».

Et la célébrité, c’est dur ?
Moi ça allait, car je n’ai pas tourné super longtemps. Mais pour quelqu’un comme Fabien (Jérôme de Premiers Baisers) c’était compliqué quand même. Il se faisait arrêter tous les cinq mètres dans la rue et même aujourd’hui ça continue… Mais ce qui m’a frappé c’est qu’au début des tournages de la Philo, on voyait toujours pleins de fans attendre Laly, Rochelle et les autres et nous, personne ne nous attendait (les épisodes n’étaient pas encore diffusés). Alors avec Benjamin on allait souvent déjeuner tranquilles Gare du Nord ça nous faisait une petite coupure, c’était bien. A partir du jour où les épisodes ont été diffusés, c’est devenu impossible pour nous aussi. Donc cantine d’AB obligatoire. Pour te dire l’ampleur du truc. Un jour, Benjamin était en vacances avec Marie Gillain et Virginie Ledoyen. Elles étaient déjà un peu connues mais pas trop. Eh bien dans la rue, tout le monde courait après Benjamin, personne ne regardait les filles ! On faisait 37% de parts de marché ! Tout le monde était devant le poste.
Et Philippe, il était comment ?
Le pauvre, il avait toujours d’énormes pavés à apprendre ! C’était chaud pour lui, il jouait au théâtre le soir, le matin il enchaînait à 7h avec ses scripts monstrueux et devant lui il avait des gamins de 20 ans complètement survoltés. Il était très gentil, mais il ne partageait pas la même vie que nous. Il était plus âgé, donc les soirées les sorties il ne les faisait pas.
Vous sortiez beaucoup ?
Tout le temps ! Il y avait une boite (le Niels) où on était accueillis comme des rois, avec des bouteilles à gogo (tout ça à l’œil) et moi j’ai fini par prendre l’habitude de ne plus rentrer chez moi, je dormais dans les loges, ça ne servait plus à rien que je repasse chez moi si je me couchais à 4h, sachant qu’on démarrait à 7h… On travaillait comme des forcenés. Après les rythmes de tournage sont devenus plus cools mais au début c’était dingue.
Et vous improvisiez ou vous deviez rester fidèles au script ?
Avec Benjamin on improvisait sans arrêt. Jean Luc nous donnait carte blanche. On avait plein d’idées. D’ailleurs tu regarderas dans les épisodes, on avait pris l’habitude de faire une petite danse en arrivant dans notre café ou alors quand on jouait au baby avec Serge (Alexis Loret).
Il y en a un qui essayait de vous voler la vedette niveau blague, c’est Michel.
Oui mais ça ne prenait jamais. Les vrais blagueurs c’étaient Benjamin et moi.
Tu as suivi un enseignement philosophique haut de gamme, alors je me permets cette petite question : de quelle réflexion philosophique te sens tu le plus proche ?
a) Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux (La Boétie).
b) La vie oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui (Schopenhauer).
c) Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien (Socrate).
d) Vu le temps qu’il fait j’aurais préféré discuter avec vous à l’ombre d’un bosquet mais l’éducation nationale n’a pas encore mis au point ce genre de structure. (Philippe Daubigné) ?
Jérémy regarde l’horizon et répond spontanément « réponse d ». On sent que l’enseignement de Philippe Daubigné reste très présent à son esprit. Quelques secondes passent. J’en profite pour lui soumettre la seconde partie de l’interview.
Questionnaire The Cure :

Jérémy, tu es connu pour être un des plus grands fans, sinon le plus grand fan français des Cure. D’ailleurs, tu les as rencontrés, peux tu nous en dire plus ?
Ah mais oui ! Un jour j’étais à Londres en train de les attendre en bas de leur hôtel et j’ai rencontré l’assistant de Robert Smith. Tout est parti de là. Ensuite je les ai rencontrés .
Ah bon ? Tu les connais personnellement ?
Ah mais un peu, oui !!
Han !!
Mais tout ça, je le raconte en détail dans mon bouquin. Un jour j’ai été contacté par un éditeur Rock (Camion Blanc) et il avait entendu parler de moi. Il m’a proposé d’écrire un livre sur le sujet et de l’illustrer avec mes photos personnelles. J’ai dit oui ! Tu sais c’est une très très vieille passion, qui date de 1986…
Tu étais né ?
Ha ha !
C’est vrai que les garçons ne pleurent pas, (Boys don’t cry) ?
Non, car la chanson est tellement belle que tu te dis que non. Mais si quelqu’un d’autre l’avait chantée, style U2, ça aurait été très différent…
Tu n’aimes pas U2 ?
Ah non hein !
Raconte-nous ta vie en dix-sept secondes (seventeen seconds).
Comédien. Heureux. Scénariste. Heureux. Auteur… (Il a réfléchi trop lentement nous sommes obligés de l’interrompre).
N’as-tu besoin que de toi-même (I just need myself)?
Ah non alors ! J’ai besoin de mes comédiens de mes co-auteurs des gens que j’aime, je ne réussirais pas tout seul ! D’ailleurs j’ai presque toujours fonctionné en binôme. Mais c’est jamais le même.
Tu te fâches avec tout le monde ?
Non non, pas du tout, mais à l’école j’étais avec quelqu’un, ensuite avec quelqu’un d’autre etc. C’est la vie qui fait ça, on évolue tout ça…
T’es tu déjà regardé tomber et si oui, as-tu trouvé ça rigolo ? (Watching me fall)
Oui et non. Un jour je me suis regardé tomber dans un escalier et je me suis fait très mal à la cheville.
Mais tu n’as pas trouvé ça rigolo ?
Non, pas du tout, j’ai eu très mal. Et professionnellement, je ne crois pas être jamais tombé vraiment de très haut.
Donc ce n’est pas rigolo de tomber ?
Ben non…(il semble nous prendre pour des idiots finis finis finis).
Tu vas quelque part ou tu ne vas nulle part (going nowhere) ?
Toujours quelque part.
Est-ce que tu es amoureux le vendredi (Friday I’m in love)?
Oui, mais que le vendredi et sinon à 22h15 le samedi soir.
A part le cacao, qu’est-ce qui est chaud chaud chaud, (Hot hot hot) ?
Ho !!!!!! (Il a eu envie de dire un truc mais il s’est ravisé) Au théâtre en ce moment c’est chaud chaud chaud ! C’est l’été ! Les gens ne sont pas là ! Venez et d’ailleurs vous me verrez sûrement ! alors c’est pas une bonne raison ça ???
Peut-être un jour, (Maybe someday) tu feras quoi ?
La même chose ! Je vais écrire et même de plus en plus !
Questionnaire spécial – années 80 :

Ta chanson des années 80 préférée ?
J’hésite entre la mambo du décalco de Gotainer et le Sampa…
Ta friandise années 80 préférée ?
J’adore les fils qui piquent !
Ton jeu de société années 80 préféré ?
Le Monopoly ! (NDLR : je demande à Jérémy sa rue préférée il me répond Avenue Foch. Face à ma stupéfaction, il se reprend et dit : Ah mais non je me suis trompé ! rue de la Paix et avenue des Champs Elysées !
Ta série AB (excepté la philo) préférée ?
L’école des passions. Ca me semblait plus relevé malgré XXXX (on ne vous dira pas qui), qui « jouait vraiment comme un cochon ». N’empêche que je revendique la Philo car on était vraiment avant-gardistes, on payait nos conso, on bossait pour de vrai et il y avait du sexe, oui, oui.
Ta série années 80 préférée ?
Happy days !
Ton film années 80 préféré ?
Oh mais j’adore les films avec Daniel Auteuil de « T’empêche tout le monde de dormir » aux « Sous doués », je suis un grand fan !
Ca te rappelle sûrement ta période révoltée où tu empêchais toute la classe de travailler avec Zikovski ?
Jérémy est gêné. Il porte le poids de ses frasques de naguère. Il acquiesce tristement, mais n’en dira pas plus.
Ton dessin animé années 80 préféré :
Je n’aime pas les dessins animés ni les BD d’ailleurs. Je n’accroche pas. Si tu me parles des Chevaliers du Zodiaque, je vois de quoi il est question, mais bon…pff…c’est pas mon truc du tout.
Ta peluche/jouet années 80 préférée ?
Ma peluche E.T !!! Et mon Kiki !!
Ton vêtement / accessoire de mode années 80 préféré ?
Mon perfecto avec badge des Cure (mais ça c’était en 92) sinon mon Walkman à cassettes avec la mousse dans les oreilles.
Ton jeu vidéo années 80 préféré ?
Les Jeux Olympiques sur Atari !
Parle nous maintenant de ton actualité …

Je t’ai connu sur Twitter, ta pièce « un apéro presque parfait » parle des réseaux sociaux, quel est ton point de vue sur la question ? Tu as déjà retrouvé des gens indésirables via les réseaux ?
NDLR : L’interview est interrompue. Jérémy éternue sans cesse. On ne sait pas ce qu’il a. Il s’excuse. Ah ça y est, ça va mieux.
Non non ! ce n’est pas sur les réseaux sociaux. C’est pour l’anecdote. Et ça ne m’est jamais arrivé de tomber sur un vrai relou d’avant sur les réseaux sociaux. Dans ces cas là, je filtre directement.
Grégory ton personnage principal est présent dans toutes les pièces et donc dans celle dont on va parler maintenant « A un doigt du bonheur ». C’est ton François Pignon ? Et Charlotte serait ton Campana ?
Oui ! Complètement. Grégory et Charlotte sont des prénoms qui me parlent. Je sais comment ils fonctionnent je connais leur colonne vertébrale !
Francis Veber disait justement que pour lui les binômes étaient forcément masculins. Il n’arrivait pas à rendre une femme comique. Ce n’est pas ton cas, donc ?
Non ! Moi je pense qu’on peut tout faire dire à une femme, même les phrases « limite ». Le tout est que ce soit justifié. La grossièreté oui, mais jamais gratuitement. Si on a rajouté des passages un peu graveleux dans la bouche des femmes ça a toujours été une demande du public ! On évolue en fonction de ça. La pièce n’est pas figée, d’ailleurs elle est interprétée par des comédiens différents qui apportent chacun quelque chose de différent au personnage.
Tes pièces semblent suivre une certaine chronologie (d’abord les apéros, puis ensuite le mariage et ses difficultés) ? Bientôt le divorce ?
Non non. Toutes mes pièces sont indépendantes. Elles ne forment pas un triptyque. Et quant à la question du divorce, je vous attends dans « A un doigt du bonheur »… Vous aurez vos réponses !
Ta vision du couple c’est celle de :
a) Bénabar ? « On s’endette pour 30 ans ce pavillon sera le nôtre et celui des enfants corrige la femme enceinte »
b) Dorothée ? « On les voit toujours ensemble Nicolas et Marjolaine, on dit même qu’ils se ressemblent Nicolas et Marjolaine »
c) Dostoievski : « Le mariage est la mort morale de toute indépendance »
d) Personne ! ta vision à toi c’est …
Jérémy s’arrête à la phrase de Dostoievski : il la désapprouve, c’est manifeste. Pour lui le mariage « n’est qu’un anneau au bout du doigt ». Mais la question du couple l’intéresse davantage. Dans un élan, il ose nous dire, que le couple pour lui, c’est être avec son meilleur pote. On en revient d’ailleurs à la question du binôme qui lui est si chère. Jérémy est un être de binôme mais de binôme fluctuant.
Je vois que tu portes la barbe. Comme disait Corbier « sans ma barbe, quelle barbe » ?
Non non, du tout . C’est surtout par paresse. Je n’ai pas besoin de me raser tous les matins, j’en profite.
Le mot de la fin ou une petite exclu, rien que pour nous ?!
Je mets en scène une nouvelle pièce « Accouche » de Jonathan de Santos !
Et sinon…
Jérémy me fixe d’un air déterminé. Il finit son Monaco. Sur un ton résolu, il conclut :
Moi, je serais tout à fait partant pour jouer dans les Mystères de la philo !!!
Merci beaucoup Jérémy !!! En route pour ta pièce !
Quelques heures plus tard, je viens de voir la pièce de Jérémy, le pitch :
Grégory et Charlotte viennent de se marier. L’euphorie du moment cède vite la place à une inquiétude lancinante : avons-nous bien fait ? Rapidement lassée de son mari immature, Charlotte époussette tristement ses bibelots en chantant « Un jour mon prince viendra ». De son côté, Grégory fulmine : obligé de se coltiner sa belle-mère matin et soir, il n’en finit plus de faire des reproches à Charlotte. Et cela ne va pas aller en s’arrangeant ! Car la vie leur réserve une surprise et pas des moindres…
Mon avis : Allez-y ! On rit beaucoup ! Certaines répliques sont de vrais petits missiles, le tout dans un esprit bon enfant qui tient à la fois d’Un gars une Fille et des Bidochon ! La pièce se joue jusqu’au 30 août alors profitez des vacances pour vous détendre et rire aux dépens d’un pauvre couple en perdition !
Générique – La philo selon Philippe
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