La tragique histoire de Snoopy

Chez les Peanuts, un groupe d’enfants créé par Charles Schulz, le moral n’est jamais au beau fixe. Charlie Brown, le maître de Snoopy, est un gamin malchanceux, moqué par les autres. Nul au base ball, incapable de faire décoller son cerf-volant, il a aussi le don de se faire escroquer par ses camarades en particulier par Lucy qui voit en lui une proie facile.
Tel père tel fils pourrait-on presque dire, pour présenter Snoopy, son fidèle beagle. Conformément à son maître, Snoopy subit un destin qu’il n’a pas choisi. Mais son cas est encore plus grave que celui de Charlie. Car si l’enfant ne renie pas sa nature propre (il se sait et s’accepte bon an mal an en tant qu’être humain), Snoopy lui, refuse obstinément son statut de chien. C’est la raison pour laquelle il marche à deux pattes et se réfugie dans un monde imaginaire dans lequel il incarne tantôt un aviateur de la première guerre mondiale, tantôt un chroniqueur ou encore un écrivain raté. Son seul véritable confident est un oiseau, Woodstock qui semble également mal dans sa peau d’oiseau. Les deux chassent l’ennui de leur condition ensemble et vivent souvent en marginaux, dans un coin du jardin. Snoopy a beau aimer son maître il déteste ses « sermons » qui lui rappellent, à lui, l’artiste libre, le combattant héroïque, son statut de subordonné.

Voilà pourquoi Snoopy s’est peu à peu réfugié dans l’écriture, accaparant une machine à écrire disposée sur le toit de sa niche pour écrire romans et mémoires.
Ne désespérant pas de se faire éditer, il envoie régulièrement ses manuscrits à des maisons d’édition qui se contentent de lettres type pour lui répondre, le restituant à son cruel statut de chien inutile.
Ce mépris généralisé du monde de l’édition et cette incompréhension du système en général lui inspirent parfois de sombres pages, pleines de souffrances inavouées « Il voulut s’enrichir, il mourut dans la misère, il voulait se faire des amis, il mourut seul (…) Il voulait qu’on l’acclame, il fut hué. Il cherchait la gloire. Il mourut anonyme. Il voulait des réponses. Il n’obtint que des questions ».
Et s’il reste dans les mémoires comme un chien paresseux, couché sur le toit de sa niche et volontiers farceur c’est au prix d’une immense injustice et d’une vertigineuse erreur d’appréciation.
Quand, couché sur le toit de sa niche, Snoopy regarde le ciel et les étoiles, il ne songe pas à se détendre, ni même à s’endormir.
Il pense à son œuvre manquée, son incompressible destin canin, ses ambitions évanouies.
Mais cela, seul Woodstock le sait.

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